
L’épicerie : un cauchemar post-commotion
Bruit abondant, lumières fortes, choix à faire… l’épicerie peut devenir une tâche extrêmement difficile à accomplir à la suite d’une commotion cérébrale. Une simple sortie peut alors amplifier de nombreux symptômes. Mais pourquoi?
À la suite d’une commotion cérébrale, faire l’épicerie peut devenir difficile parce que trois systèmes essentiels sont souvent perturbés : le système cognitif (traitement de l’information, attention et prise de décision), le système vestibulaire (équilibre, orientation et perception du mouvement) et le système visuel (balayage, lecture et adaptation à la lumière). La combinaison de ces atteintes rend l’environnement rapidement surstimulant, fatigant, et parfois, anxiogène.
Une surcharge sensorielle
Faire l’épicerie, ce n’est pas seulement mettre des articles dans un panier. C’est évoluer dans un environnement où le cerveau est constamment surstimulé. Il y a le bruit ambiant, les lumières, les gens qui circulent dans toutes les directions, les déplacements dans les allées, les étapes à suivre, la liste à respecter, les choix à faire… Tout cela demande une grande capacité d’organisation et d’adaptation.
Après un traumatisme crânien, le cerveau traite l’information plus lentement et filtre moins bien les stimuli. Lorsqu’il se retrouve dans un environnement aussi chargé, il doit soudainement analyser, décider et s’adapter rapidement, souvent sous pression. La grande variété de produits à l’épicerie et la nécessité de prendre des décisions fréquentes (comparer, lire, choisir) représentent alors un effort cognitif important pour les personnes vivant avec des symptômes de commotion cérébrale.
C’est un peu comme un ordinateur avec trop d’onglets ouverts : il fonctionne encore, mais au ralenti, et il devient beaucoup moins efficace qu’à l’habitude.
À cela s’ajoute le rôle du système vestibulaire, qui est responsable de l’équilibre, de l’orientation dans l’espace et de la perception du mouvement. À l’épicerie, ce système est fortement sollicité : les gens qui passent devant nous, les chariots qui circulent, les employés qui s’activent derrière les comptoirs, les articles qui défilent rapidement à la caisse. Même le simple fait de marcher dans une allée immobile tout en bougeant la tête pour regarder les étagères crée un décalage entre ce que le corps ressent et ce que les yeux perçoivent.
Lorsque le système vestibulaire est perturbé, comme c’est souvent le cas après une commotion, cette stimulation constante peut provoquer des étourdissements, des nausées, une sensation d’instabilité ou une fatigue rapide.
Le système visuel est lui aussi mis à rude épreuve. La lecture des étiquettes, le balayage visuel des tablettes, les contrastes de couleurs et l’éclairage intense demandent une coordination précise entre les yeux et le cerveau. Après une commotion, ces tâches peuvent devenir plus exigeantes, accentuant la fatigue, les maux de tête ou la vision floue.
En combinant la surcharge cognitive, la stimulation vestibulaire et les exigences visuelles, on comprend pourquoi une activité aussi banale que l’épicerie peut rapidement devenir épuisante, voire angoissante, pour une personne en réadaptation post-commotion.
Éviter l’épicerie, est-ce une bonne solution?
L’évitement peut sembler être une bonne solution. Il permet de se soustraire temporairement à l’anxiété, à la fatigue, aux maux de tête et aux autres symptômes désagréables. Toutefois, ce soulagement est souvent de courte durée. En évitant ce type d’environnement, le cerveau n’a pas l’occasion de se réhabituer progressivement à des situations pourtant fréquentes dans la vie quotidienne, comme faire l’épicerie.
À long terme, l’évitement peut même renforcer l’intolérance aux stimuli et accentuer la crainte associée à certaines activités. C’est pourquoi une exposition graduelle, encadrée et adaptée est généralement plus bénéfique pour favoriser la récupération.
Heureusement, il existe plusieurs stratégies concrètes pour réduire la stimulation et l’anxiété liées à cette tâche. Par exemple, privilégier des heures moins achalandées, préparer une liste d’épicerie courte, claire et bien structurée, prendre des pauses au besoin ou quitter avant que les symptômes ne s’intensifient. Au début, il peut aussi être aidant d’y aller accompagné, afin de se sentir plus en sécurité et soutenu.
Lorsque les symptômes persistent ou que l’anxiété s’installe, consulter des professionnels peut faire toute la différence. Nos thérapeutes peuvent vous aider à désensibiliser progressivement votre cerveau, à travailler les systèmes visuel et vestibulaire, et à développer des stratégies adaptées à votre réalité. L’objectif : vous permettre de reprendre vos activités quotidiennes, comme faire l’épicerie, avec beaucoup moins de tracas et plus de confiance.



